26

Un flambeau à la main, nue sous un grand manteau de couleur émeraude, elle avançait d’un pas rapide dans les galeries désertes et glacées.

Âgée de dix-huit ans et considérée comme « la plus belle femme de la Cour », Charlotte de La Ferté-Sheffair, duchesse de Luègue, s’était juré de conquérir le comte de Nissac après qu’elle l’eut vu, dans les jardins du Palais-Royal, ridiculiser François de Bourbon-Vendôme, duc de Beaufort, et ses deux compagnons.

Son cœur battait très vite. Elle ne savait, de l’amour, que ce qu’en disaient les romans et les femmes plus âgées qui, lorsqu’elles en parlent, ont un regard changeant, comme fixé sur quelque souvenir lointain et attendri.

Elle voulait le comte de Nissac, et nul autre.

Certes, elle eût été fière de devenir sa femme mais il semblait que le général qui approchait la quarantaine n’envisageait pour avenir que la solitude. En avait-elle sollicité, des témoignages ! Hélas, tous concordaient. Entre deux campagnes militaires, le comte retournait sur ses terres désolées et en son vieux château battu par les vents furieux et les vagues de la Manche. Sur place, il rêvait, appuyé aux créneaux, chevauchait sans but pendant des heures, lisait devant la cheminée monumentale ou correspondait, le ou la destinataire de cet abondant courrier n’ayant jamais été identifié.

Quelle vie ennuyeuse !… Et si loin de la Cour. Non, même pour les bras solides du général-comte de Nissac, brave parmi les braves, elle ne saurait s’y résigner, craignant de mourir de langueur.

Il ne souhaitait donc pas le mariage, et elle pas davantage qui ambitionnait une vie de plaisir.

Mais quelle vie ?

Mariée à un vieux duc ? Ayant pour amants les précieux de la Cour ? Certes, tous n’étaient point désagréables à regarder, surtout les plus jeunes, mais la duchesse imaginait que l’heure de ses prétendants ne pourrait sonner que lorsque celle du comte serait passée et figée à tout jamais en sa mémoire.

Après lui, quelle importance ?

Arrivée devant la porte, elle hésita un instant, puis la poussa vivement.

En quelques secondes, il ouvrit les yeux, saisit son épée qui dormait à son côté hors du fourreau, se dressa d’un bond et cligna les paupières.

Il demeura un instant l’épée dressée puis, curieux, vit une fine silhouette allumer les chandelles à un flambeau qu’elle jeta peu ensuite dans la cheminée.

Le capuchon émeraude fut baissé et un ravissant minois apparut.

— Vous dormez avec vos bottes ? demanda-t-elle.

— L’habitude des réveils précipités ! répondit-il.

Puis ils s’observèrent. Longuement. Très longuement.

Elle le trouva fort beau en chemise, haut-de-chausses et bottes de cavalerie dont le revers montait au genou. Elle admira également l’élégance du geste lorsqu’il jeta sa fine lame sur le lit.

De son côté, il s’émerveillait. Ces cheveux blonds sagement nattés, ces yeux magnifiques au regard provocant qui le défiait, un adorable petit nez, une bouche légèrement boudeuse. Au reste, c’est tout le visage qui paraissait à la fois dédaigneux et reflétait dans le même temps, en grand effet de contradiction, comme la jeune femme semblait disposée à s’abandonner à la passion.

— Vous vous étonnez, monsieur ?

— Rien ne m’étonne plus, madame.

— Charlotte de La Ferté-Sheffair, duchesse de Luègue.

— Loup de Pomonne, comte de Nissac.

— Je sais qui vous êtes, comte.

— Alors peut-être savez-vous également les raisons qui vous amènent à pousser la porte d’un homme que vous ne connaissez point et cela, fort avant dans la nuit ?

— J’avais froid, monsieur.

Le comte fut un instant déconcerté, puis :

— Ah çà, madame, me confondriez-vous avec une cheminée ?

— Non point, monsieur. Mais la chaleur se trouve parfois où on l’imagine.

— Certes, mais suis-je responsable s’il vous vient d’étranges imaginations ?

Elle le regarda, soudain désemparée, et ce beau regard de jeune femme émut le comte. Alors, comme on tire sa dernière cartouche, la duchesse fit choir le manteau émeraude qui tomba à ses pieds en révélant un corps splendide, une poitrine généreuse et ferme.

La jeune femme remarqua l’effet qu’elle produisait mais elle-même, trop bouleversée, ne trouva pas ses mots. Elle se précipita vers une table basse et, saisissant une cruche et un gobelet d’étain, se versa de l’eau qu’elle fit déborder. Puis elle vida le gobelet d’un trait.

Ce faisant, elle prit conscience qu’elle tournait le dos au comte. Elle ne l’avait certes pas prémédité mais, à la réflexion, ne le regretta point, sachant la perfection de sa chute de reins.

Le calcul ne manquait pas de finesse. Nissac fut ému par ces épaules, ces minces épaules de jeune femme qui rappellent toujours comme l’adolescence n’est pas loin.

Il admira la taille fine, les hanches larges et la rondeur parfaite des fesses puis, en homme qui aime les femmes, laissa descendre son regard vers les chevilles. Il aimait les chevilles féminines. Il éprouvait grand désir et volupté à les serrer en ses mains avec force, comme pour les étrangler, puis les couvrir de baisers.

La duchesse se retourna enfin et constata que cette fois, au mieux, elle ne l’emporterait pas mais ferait jeu égal avec le comte car, s’il la désirait, elle le voulait certainement plus encore.

Elle posa une main sur sa hanche en un geste un peu canaille, un peu « garçon », et qui attendrit le comte car il devina comme cette attitude provocante, et sans doute inhabituelle, dissimulait un flagrant manque d’assurance.

Se dominant pourtant, elle lui dit :

— On vous aime, monsieur.

— Alors c’est qu’on place bien mal son amour, madame.

— En quoi l’amour qu’on vous porte vous concerne-t-il, comte ?

— En cela qu’il me fait exister, duchesse, et que tel n’est peut-être point mon désir.

— Prenez-moi dans vos bras ou je vais mourir de honte !

Il se donna un instant de réflexion et dut convenir que le jeune femme, nue devant lui, se trouvait en position délicate. Redoutant d’être troublé par ce contact, il lui ouvrit cependant les bras.

Elle s’y jeta.

Elle s’y jeta et l’enveloppa aussitôt de chaleur, de douceur, d’un halo de tendresse et ce fut chose semblable à l’assaut répété et invincible des vagues qui toujours finissent par l’emporter sur les rocs les plus durs comme les femmes depuis toujours et sans doute jusqu’à la fin des temps l’emportent sur les cœurs trop fragiles des hommes.

Pris dans un tourbillon, enivré par l’odeur des cheveux blonds et le goût sucré de cette adorable épaule qu’effleuraient ses lèvres, le comte songea avec un très curieux détachement : « Finalement, je suis incapable de résister alors que je dois être un des seuls soldats à n’avoir jamais reculé devant les Espagnols ! »

Puis il pensa à madame de Santheuil, à sa chère Mathilde.

Totalement aux abois, sans repères, tel un bateau sans gouvernail dans la tempête, il fut frappé par la force de l’amour qu’il portait à Mathilde. et que cela n’empêchait rien, absolument rien ! Ainsi pouvait-on aimer une femme, ne penser qu’à elle, et en désirer une autre ?

Le comte s’accabla : « Quel genre de chien suis-je donc ? »

Dans un sursaut qui demandait un courage que seul, hélas, l’intéressé eut à connaître, il se détacha légèrement, prit la duchesse aux épaules et lui dit :

— Madame, j’aime ailleurs !

Le regard tout d’abord, puis les lèvres et toute l’expression du visage de la jeune duchesse ne furent plus que sourire :

— Comte, qui vous parle d’aimer ? Êtes-vous un si petit garçon que je vous doive expliquer ces choses et que parfois la vie est courte, que ma mère est morte en couches à l’âge de vingt ans et que vous, chaque combat vous rapproche de la possibilité d’être tué ? Pensez-vous, cher comte, qu’un instant de volupté partagé dérange l’ordre du monde ?

Nissac eut un sourire désabusé.

— Je le pense, madame. Le monde n’a jamais encouragé le désir et pareillement le plaisir. Les gens tristes aiment le pouvoir qui leur permet de brider ces êtres qui leur font horreur car ils ont quelque aptitude au bonheur.

— Mais cette nuit, qui pourrait nous la voler ? Et moi-même, que vais-je prendre à celle que vous aimez et qui n’est point à vos côtés, assez folle pour vous laisser seul ?

— Duchesse, elle ne sait point que je l’aime.

Elle approcha son visage, il l’embrassa délicatement sur les lèvres, alla ramasser le manteau vert émeraude et le posa avec grande délicatesse sur les épaules de la jeune femme en disant :

— Restons l’un pour l’autre espérance d’un monde de volupté, puisque ce fut votre mot. Il nous suffira de savoir que nous existons, trichant un peu puisque le feu de la réalité n’aura pas même léché la part de rêve qui fait de nous des complices. Croyez que j’agis sagement, jolie duchesse, et allez vite dormir.

Il décida de ne point voir les larmes qui coulaient sur la peau douce de la jeune femme puis, lui donnant un bougeoir, il l’entraîna avec douceur vers le couloir.

Une fois seul, il s’allongea à côté de son épée et songea : « Mathilde de Santheuil, il faudra m’aimer bien fort pour me faire oublier cette jeune femme. »

Le cardinal Mazarin ne se résolvait pas à renvoyer au milieu des périls sa petite troupe d’élite dont, partout, on vantait les mérites. Certains seigneurs eux-mêmes, en sympathie avec la Fronde, et bien évidemment leurs dames, admiraient l’audace et le panache des mystérieux Foulards Rouges de Mazarin.

Nissac, morose, avait consigné sa petite troupe. À l’écart de la Cour, il intensifiait les leçons : lancer de poignard, épée, cheval, pistolet, mousquet, artillerie…

Ce régime dura dix jours puis il sembla au comte qu’il ne pouvait ainsi enfermer des hommes courageux qui n’avaient point démérité.

Puisque le Premier ministre lui-même ne s’occupait point d’eux…

Il leur donna quartier libre.

Entre les dangers et les durs entraînements, la petite troupe avait resserré ses liens. D’aristocrate ou de galérien, il n’était plus question. L’amitié l’emportait. Et l’esprit de corps que les hommes eurent l’idée de symboliser en nouant autour du cou leurs foulards rouges. Il eût été erroné d’y voir quelque bas calcul, les compagnons de Nissac, dans l’ignorance où ils se trouvaient de leur notoriété, ne voyaient dans le port des foulards que reconnaissance entre eux, à l’exclusion de toute spéculation.

Grave erreur.

Les barons Melchior Le Clair de Lafitte et Sébastien de Frontignac n’avaient pas risqué trois pas à la Cour que des hautes dames les enlevaient en leurs appartements… – sans qu’ils opposent forte résistance.

Maximilien Fervac se rendait chez le maréchal-ferrant lorsque, découvrant son foulard rouge, une jeune baronne le mena dans un bosquet où le froid fut moins vif que le tempérament du sergent des Gardes-Françaises.

Nicolas Louvet, qui ambitionnait de voir de plus près l’atelier royal des presses installé au château, fut, pour sa part, harponné par une vieille comtesse qui n’avait pour elle ni la jeunesse ni la beauté mais l’avantage d’être comtesse et d’étendre à des classes sociales élevées l’entendement que le jeune homme avait de la société.

Quant à monsieur de Bois-Brûlé, lâché au milieu des dames aux perruques poudrées, il provoqua scènes et horions puisqu’on se l’arracha jusqu’à ce que le malheureux, titubant de fatigue, n’aspirât plus qu’à une chose : affronter ces messieurs de la Fronde en un combat tout de même plus régulier.

Enfin, le général-comte de Nissac ne remarqua pas même comme, sur son passage, on s’évanouissait avec ostentation. Il faut dire qu’entre Mathilde de Santheuil qu’il aimait et Charlotte de La Ferté-Sheffair, duchesse de Luègue, qu’il ne pouvait s’empêcher de désirer, il se sentait sur des charbons ardents.

D’autant qu’il se trouvait sans nouvelles de la première quand on lui avait signalé que la seconde gardait la chambre, refusait toute nourriture et risquait de dépérir, à la consternation de son entourage et des dizaines de seigneurs qui, à la Cour, étaient épris d’elle et ne comprenaient point cette soudaine mélancolie.

Aussi Nissac respira-t-il lorsque le cardinal Mazarin le convoqua enfin, un matin, en l’accueillant avec un sourire :

— Comte, on pense à vous à Paris. Regardez…

Il s’approcha de son bureau, fouilla dans des liasses de papiers qu’il souleva :

— Libelles, pamphlets. Tenez, celui-là, vendu sur le Pont-Neuf : « Que serait le potiron du Vatican, l’ignoble Mazarin, sans ses Foulards Rouges ? »

Voyant l’air grave du comte de Nissac, le Premier ministre se reprit :

— Vous repartez, comte. Et toujours la même mission. Saboter les entreprises de la Fronde !… Ah, soyez heureux : vous retrouverez l’action, votre hôtel du Bout du Monde et la belle Mathilde de Santheuil que j’aime si fort.

Le comte de Nissac sentit le sol se dérober sous ses pieds mais parvint à masquer son émotion :

— Vous l’aimez, monsieur le cardinal ?

— Oh oui !… Je l’aime !… Et je pense être payé de retour.

Une vague de colère froide s’empara du comte de Nissac.

Les foulards rouges
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